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GOODBYE RICKY.D
9 avril, 2012, 1:21
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En 1996, il prenait les rênes de Sciences-Po et faisait entrer la ronronnante institution dans le XXIe siècle. Retour sur le parcours d’un directeur atypique.

Une pancarte improvisée recouvre la plaque d’Emile Boutmy, fondateur de l’Ecole libre de sciences politiques, ancêtre de Sciences-Po Paris, à l’entrée de l’amphithéâtre. A la place, on peut lire le nom de Richard Descoings, son directeur depuis seize ans, retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, mardi 3 avril à New York.

Cent quarante ans séparent la création d’une des plus prestigieuses écoles françaises et le décès de l’homme qui l’a fait entrer dans le XXIe siècle. En 1872, après la défaite contre l’Allemagne, c’est pour contrer ce que Claude Digeon appelait “la crise allemande de la pensée française” que le politologue Emile Boutmy lance l’école qui deviendra Sciences-Po en 1945. Avec la réussite qu’on lui connaît : elle formera la quasi-totalité des décideurs français.

Lorsque Richard Descoings en prend les rênes en 1996, c’est une institution gorgée de sa supériorité, hors du temps. Mais le monde a changé. La France est à la traîne de la compétition mondiale des cerveaux. On découvre le problème des banlieues, de l’école à deux vitesses, de la crise de la représentation. Les intellectuels français ne s’exportent plus. Reste Pierre Bourdieu, le pourfendeur de la reproduction des élites bourgeoises, dont Sciences-Po est le temple.

Richard Descoings, ce pur produit de l’élitisme républicain et de l’administration (passé par les lycées Montaigne et
Louis-le-Grand, Sciences-Po, l’ENA et le Conseil d’Etat), se mue en haut fonctionnaire réformateur et iconoclaste.

“C’était un original, avec un affect très fort, très intelligent, charismatique et en même temps porté par une vision”, explique le politologue Dominique Reynié, ami de vingt ans et prof à Sciences-Po.

Il internationalise l’IEP (un tiers d’élèves étrangers aujourd’hui) et allonge la scolarité à cinq ans. Jack Lang, dont il était le conseiller au ministère de l’Education nationale au début des années 90, se souvient d’un homme “pugnace, ouvert d’esprit et créatif, avec des idées sur l’éducation souvent révolutionnaires”.

Ensuite, Richard Descoings cherche à démocratiser Sciences-Po. Il devient le chantre de l’égalité des chances contre une France des héritiers dont il est lui-même issu. Il pioche dans l’affirmative action à l’américaine et ouvre en 2001 l’école aux meilleurs élèves des ZEP. Sa conviction est faite : ni l’égalitarisme républicain, ni la méritocratie ne fonctionnent.

“Il a visité tous les lycées de banlieue, il aimait sortir des sentiers battus, rencontrer des gens avec des idées neuves, il voulait que Sciences-Po soit une niche de talents venant de toutes parts”, raconte Anyss Arbib, un filleul ZEP.

Effroi dans les rangs. Ces nouveaux venus vont faire baisser le niveau ! “Dans quel pays sommes-nous quand on dit à des jeunes qu’ils font baisser le niveau parce qu’ils réussissent?”, rétorquait Descoings.

La fin de son dernier mandat sera ternie par des polémiques. A gauche, on le regarde d’un mauvais œil lorsque Nicolas Sarkozy l’appelle à ses côtés pour réfléchir sur la réforme du lycée. Son nom circulait pour le ministère de l’Education. Descoings s’en défendait.

“Sa vocation était d’être un éducateur, il n’avait pas l’ambition d’être ministre”, confirme Jack Lang.

En 2004, il augmente les droits d’inscription. Pour les syndicats étudiants, cette décision de l’éminence grise des politiques en matière d’éducation pourrait préfigurer une augmentation généralisée. Tollé lorsqu’il veut supprimer l’épreuve de culture générale (très favorable au capital culturel des classes dominantes, expliquait Bourdieu). Mais ce sont surtout les révélations sur son salaire – 40 000 euros mensuels dont 27 000 euros de salaire brut – qui vont dégrader son image et indigner le monde universitaire.

Il avait compris que pour exister dans un monde d’images, la forme compte autant que le fond. Au risque de voir se multiplier les critiques sur une “politique d’affichage” qui serait menée au détriment du contenu des enseignements. Audacieux, tape-à-l’œil, pragmatique, homme de réseaux, mégalo, pourfendeur de la bien-pensance, fêtard, inclassable, pro de la com, excentrique, Richard Descoings était tout à la fois.

Dans la cour de l’école, entre les bouquets de fleurs, des peluches de Marsupilami: “Il était fasciné par le personnage, explique Anyss Arbib, “qui comme lui rebondissait toujours.”

Les Inrocks – David Doucet et Anne Laffeter


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