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Talons aiguilles, jupe en cuir, rouge à lèvres, porte-jarretelles
8 septembre, 2013, 5:10
Classé dans : CULTURE,NEWS
Talons aiguilles, jupe en cuir, rouge à lèvres, porte-jarretelles  dans CULTURE

Jeune et Jolie de Francois Ozon

Comme Isabelle dans “Jeune et jolie”, le film de François Ozon, des femmes, mais aussi des hommes, rêvent de vendre leur corps ou de coucher avec une prostituée, mais sans forcément passer à l’acte. Pourquoi et comment fonctionne ce fantasme.

Quand je me touche, j’aime imaginer que je suis la pute de service et que je ne coûte pas cher (ben oui, car je suis au rabais en plus).” Dans un billet publié en février sur son blog L’Introvertie perverse, Poupie déballe son fantasme. “Je trouve excitant de me soumettre aux caprices du client, qu’il ait une certaine autorité et qu’il me désire au point de payer (une maigre somme et une chambre d’hôtel) pour le plaisir de tripatouiller ma sympathique personne.”

C’est avec son mari, dans la chambre conjugale, que Poupie a assouvi son fantasme. Après s’être habillée “en prostituée” (jupe courte et rouge à lèvres), Poupie a rejoint son “client” avec un certain malaise : “Je ne savais pas trop comment me comporter. Je lui serre la main ? Je lui fais la bise ? J’essaie de le séduire ? Que faire ? Dans le doute, j’ai fait ce que je fais de mieux dans ce genre de situation : j’ai pris l’air gêné et arboré un semi-sourire niais combiné à une expression perdue.” La blogueuse raconte ensuite comment il lui a remis “une liasse de billets” avant de “l’examiner” (“il semblait relativement satisfait de son achat”) et de se lancer dans des ébats SM (car elle est aussi adepte des jeux sado-maso).

Poupie n’est pas la seule à fantasmer sur la prostitution. Rencontré sur un forum, Stéphane* avoue s’éclater avec son épousepour le fun”, sans mise en scène ni échange d’argent. “Elle voulait simplement que je lui achète pas mal de choses. Elle a eu les cadeaux qu’elle voulait.” Caroline*, 48 ans, assouvit son fantasme environ une fois par mois, également avec son mari. Un vendredi soir, vers 23 heures, son conjoint revient d’un déplacement.

“Je l’attendais sur le lit dans une tenue sulfureuse (une petite jupe courte en latex, des bas résille, des talons de 15 cm, un top noir transparent, des boucles d’oreille et un maquillage soutenu). Il arrive dans la chambre, ne dit rien, me regarde sans émotion, tourne autour du lit. Puis il passe sa main entre mes jambes, des talons jusqu’à mon sexe.”

Les ébats terminés, son mari laisse 50 euros et sort de la chambre. “Il est allé boire un café dans la cuisine. Pendant ce temps, j’ai mis ma nuisette classique, j’ai rangé mes vêtements érotiques, je suis descendue le rejoindre et lui ai demandé ‘Tu as passé une bonne journée mon chéri ?”, raconte Caroline avant de préciser que ce fantasme exige “de la maturité et beaucoup de confiance en l’autre car après l’avoir réalisé, tout redevient comme avant, avec le travail, le quotidien”.

Femmes ouvertes, maisons closes

Talons aiguilles, jupe en cuir, rouge à lèvres, porte-jarretelles : le fantasme passe, entre autres, par le (sous-) vêtement, qui fonctionne comme une barrière entre le quotidien et la sphère érotique. Une dissociation qui rejoint l’éternelle opposition de la maman et la putain. Pour Brigitte Rochelandet, docteur en histoire des mentalités et auteur d’une Histoire de la prostitution : du Moyen Age au XXe siècle(1), cette opposition véhiculée avec le christianisme a connu un pic au XIXe siècle.

“La femme devait élever les enfants, être au foyer, bien sage. La prostituée avait un côté femme libre, elle était celle à qui on demandait des choses C’est aussi son univers qui fait fantasmer, avec d’un côté Pigalle, ses spectacles, ses bars à escort et ses sex-shops, et de l’autre les mythiques maisons closes, “un endroit secret où l’on imaginait des tentures, des tapisseries et des femmes très belles, alanguies”, explique Brigitte Rochelandet.

Malgré leur fermeture, le cliché a perduré, véhiculé par les vitrines du Quartier rouge d’Amsterdam. Que dire de Zahia, ancienne escort devenue businesswoman ? “Il y a un côté tellement conte de fées chez elle, c’est Cendrillon ! Ça renvoie une image lisse et donc rassurante de la prostitution, qui plaît aux gens”, décrypte l’historienne. Un conte de fées qui sert de trame au film culte Pretty Woman, où Julia Roberts loue ses services à Richard Gere avant qu’ils ne tombent amoureux l’un de l’autre.

Des billets sur le corps

Le fantasme de la prostitution déborde le cadre de cet imaginaire pour s’appuyer sur une autre pulsion : voir son propre corps chosifié. “Pouvoir abandonner son corps, être un objet, reste un élément d’excitation”, analyse Philippe Brenot, psychiatre, anthropologue, thérapeute conjugal et auteur de deux enquêtes approfondies sur les sexualités masculine et féminine(2). Enfin, beaucoup seraient excités par le jeu de domination/ soumission qui se dessine en arrière-plan et repose en grande partie sur l’échange d’argent (ou toute autre compensation).

Qualifié d’“aphrodisiaque” sur nombre de forums, l’argent apparaît comme l’attrait principal de ce fantasme. Un internaute nous confie que cela lui permet de “tout demander, tout exiger” de sa partenaire. Estelle*, 26 ans, avoue “aimer avoir des billets sur (son) corps”. Dans un article consacré à son fantasme de prostitution, posté le 30 mai sur Sexactu, son blog hébergé sur le site de GQ, l’écrivaine Maïa Mazaurette mène la réflexion plus loin. Pour elle, “faire payer est une affirmation politique qui relève d’un mélange de réalisme et d’arrogance”:

“C’est une réaction au fait qu’une femme doive toujours faire profil bas, toujours prétendre ne pas avoir conscience de sa position sur l’échiquier du sexe, explique-t-elle. Il y a un aspect voyeuriste (dans ce fantasme) : découvrir chez un homme la partie de lui qu’il n’ose pas révéler à une femme gratuite.”

L’argent ne symbolise donc pas forcément la domination du client sur la prostituée. Il permet aussi à la femme de prendre les commandes. “La femme n’est pas contrainte à la passivité. C’est un fantasme libérateur”, assure Philippe Brenot.

Beau gosse et joueur

La prostitution est-elle un fantasme exclusivement féminin ? En majorité, affirme Philippe Brenot, qui en souligne le caractère “très personnel” : “Pour certaines, ce fantasme va être excitant, pour d’autres, insupportable.” Les hommes, eux, s’intéressent davantage au fait de coucher avec une prostituée, comme Benjamin*, 36 ans, qui y pense “en solitaire”. “Avec ma femme, nous avons une sexualité tout à fait dans la norme, je n’ai pas envie qu’on me juge pour mes envies”, explique-t-il en précisant qu’il ne va jamais voir de prostituées. “J’y ai déjà pensé, j’ai déjà consulté des annonces sur internet. Le problème, c’est que ça fait très vite marché à viande et que ça casse mon fantasme. Ce qui me plaît, c’est la prostituée dans un cadre un peu érotique, surtout pas grossier avec le menu des prestations.”

Certains hommes rêvent eux aussi de se faire payer. Antoine* nous écrit sur un forum : “Je fantasme sur le fait de me prostituer… Mais ce serait de la prostitution de luxe… Je veux une certaine forme de confort et de classe.” Son scénario : “Une femme riche m’invite chez elle et me paie pour lui faire l’amour. Là, plusieurs versions : elle peut me recevoir habillée très chic ou en tenue légère mais pas nue. Nous buvons du champagne dans sa chambre et je la déshabille avant que nous nous donnions du plaisir.” Antoine se dit “prêt à passer à l’acte”. Comme Elliot* : “Je suis plutôt beau gosse et joueur, donc si je pouvais en plus rencontrer des filles pour me faire plaisir et gagner un peu d’argent, ça serait formidable !

Une fellation dans les toilettes

Et si certain(e)s sautaient le pas et se prostituaient par pur plaisir ? On pense à Belle de jour, de Luis Buñuel, où Séverine (Catherine Deneuve) se prostitue pour assouvir son fantasme. Mais aussi à Jeune et jolie, de François Ozon, qui raconte l’histoire de la belle Isabelle (Marine Vacth), lycéenne de 17 ans qui poste une annonce sur un site de cul et se lance dans les relations tarifées par pur désir, en plein éveil de sa sexualité. Certain(e)s sont passé(e)s à l’acte. François* nous raconte sur un forum gay qu’un après-midi, alors qu’il “était bien jeune”, il a enfilé un short vert fluo et une chemise de sa sœur et est parti tapiner du côté de la gare de sa commune. Étouffé par le stress, il s’apprêtait à renoncer lorsqu’un homme l’a rejoint dans les toilettes. François y a pratiqué une fellation, pour 60 francs d’alors.

Sur Voissa, autre forum coquin, Laura*, 29 ans, explique à ses followers comment une mauvaise drague – dans la rue, un type lui demande combien elle prend lui a donné l’idée de se prostituer un soir, un seul, en accord avec son compagnon. “Georges va garer la voiture dans l’ombre, moi je me place sur le bord de la route… Si je ‘lève un client’, je l’amène dans notre voiture, il me baise sur les sièges arrière. Georges est tout près en cas d’embrouille, pour me protéger ! Je suis à la fois morte de trouille et très excitée. Je prends mon courage à deux mains et je me change, j’accentue aussi mon maquillage et met des talons hauts !!! Heureusement qu’on est en été, je n’ai rien sur la peau ! Ah ! Reste une dernière chose… Combien ??!!”, écrit-elle avant de se lancer dans une description très érotique de son expérience sur un parking. Bilan de la soirée: deux relations tarifées et une multitude d’orgasmes. Laura a pris son pied mais, le lendemain matin, la vue des billets l’a dégoûtée : “Nous n’avons jamais recommencé.” Philippe Brenot l’affirme : “On a plus d’énergie sexuelle quand on ne réalise pas tous ses fantasmes.”

Carole Boinet / lesinrocks.com

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